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Création d’une mare à niveau constant - retour d’expérience

Par Jean-Cédric Jacmart, fondateur de la ferme de Desnié – août 2020.


Dans le cadre du design global de la ferme, il fallait intégrer des mares au sein de la propriété. Dans le monde agricole, les étangs et les mares sont souvent perçus comme une perte de place au détriment de surfaces de pâturages ou de cultures. Les sécheresses successives que nous subissons depuis 2017 pourraient bien faire changer d’avis de nombreux paysans. La permaculture c’est l’art de l’anticipation et de la résilience. C’est dans cet état d’esprit que dès 2014, un réseau hydrique global a été entrepris, dans lequel allait s’inscrire une mare située dans un espace visuellement stratégique du domaine, celui de la continuité du jardin mandala en contrebas de la ferme.

Repos mérité après ce chantier. Les abords se sont ressemmés naturellement.

Un ouvrage qui remplit de multiples fonctions


D’un point de vue fonctionnel, la mare est le réceptacle de trois arrivées d’eau : le trop- plein de la phytoépuration, le trop-plein de la citerne d’eau de pluie de la bergerie et le trop-plein de la citerne d’eau de source se trouvant au centre du jardin en forme de mandala.


A son tour, la mare devient elle-même un réservoir alimentant, via un trop plein, des abreuvoirs pour les brebis et les chevaux.

Prairie avant le début du chantier.

D’un point de vue énergétique, dépendant des conditions climatiques, cette zone aquatique peut être un accumulateur de chaleur, ou au contraire, apporter de la fraîcheur par effet d’inertie thermique.


D’un point de vue écologique, la mare a pour vocation d’apporter une aggradation importante de l’environnement, en contribuant à ramener dans la zone une faune et une flore absentes jusque-là.


Elle contribue à abreuver et à offrir le refuge à de nombreuses espèces d’animaux tel que oiseaux, insectes et reptiles.


Ambiance paysagère et chemins tondus autour des frênes

D’un point de vue paysager, la mare est un des joyaux de la propriété. Elle est positionnée à un point visuel-clé, à proximité du jardin mandala. Elle contribue à rendre le lieu plus beau et plus paisible.


Comme vous l’avez compris, son positionnement est techniquement et visuellement stratégique.


Cerise sur le gâteau, la ferme de Desnié a pour vision un avenir indépendant des énergies fossiles. Par conséquent, l’objectif final du réseau hydrique de la propriété doit pouvoir se passer de pompes électrique pour faire circuler l’eau.


Petits conseils si vous envisagez de réaliser une mare avec membrane

Vue avant le chantier. En avant plan, le futur jardin mandala.
  • Comment évaluer la taille de l’ouvrage ? Tirez des cordons au sol pour visualiser la forme et la taille de votre projet. Cela vous évitera des déconvenues comme par exemple le fait de sous-estimer ou surestimer la taille. Dans le cas qui nous concerne, sans cet exercice de cordon, la mare aurait été trop petite… et donc nettement moins belle et efficace. Au lieu de faire 100 m2 et 8 mètres de diamètre, la mare fait 314 m2 de surface et 20 mètres de diamètre.

  • Planification = économies Planifiez minutieusement les connections entre les éléments pour éviter de creuser des tranchées ultérieurement en cas d’oubli ou de design improvisé. N’oubliez pas de photographier vos tranchées avant de les reboucher! Cela vous permettra de vous souvenir du contenu (tuyaux, câbles, …) et de l’emplacement précis de celles-ci.

  • La nature du sol et la météo peuvent avoir un impact sur votre calendrier L’impact de la météo peut créer de mauvaises surprises en termes de délai si le chantier est sur une zone argileuse et, facteur aggravant, s’il est situé dans une pente ! Pour la ferme, le chantier a pris plus de deux à trois mois de dérive faisant suite à des conditions particulièrement humides au printemps. L’entrepreneur a dû littéralement abandonner le chantier pendant cette période.

  • Ayez un plan pour éviter la mise en décharge des terres Si votre terrain est situé dans une pente, prenez le temps d’évaluer les mouvements de terre avec votre terrassier ou votre géomètre expert ; en particulier pour les remblais qui peuvent être conséquents. Si vous sous-estimez ceux-ci, vous risquez d’avoir des ruptures nettes de pente dans le paysage, ce qui donnera un effet artificiel à votre terrassement… alors que l’idéal est de relier les éléments par des pentes douces et harmonieuses. Sachez que 1m3 de terre compacte peut augmenter jusqu’à 40% de son volume initial lors de son excavation! On appelle cela le coefficient de foisonnement. Tant que possible, soyez créatif et évitez d’exporter les terres excavées en dehors du chantier pour des raisons écologiques et financières.

Terrassement en palier avant la pose de la membrane étanche en 2016
  • Membrane ou pas ? La mare ne bénéficie pas d’un écoulement constant d’eau en amont en période sèche. Par conséquent, pour pouvoir préserver les plantes aquatiques et la beauté du lieu, nous avons choisi de placer une membrane en EPDM en une seule pièce. Celle-ci est garantie pour une durée d’au moins 40 ans. A notre connaissance, une mare creusée dans un sol argileux n’est pas une garantie d’étanchéité. Vous pouvez également opter pour de la bentonite. Renseignez-vous bien car les mises en œuvre dépendent notamment de la composition de votre sol. Pour éviter une perforation de la membrane par les nombreux rongeurs qui peuplent la ferme, nous avons étalé 40 m3 de sable stabilisé sous celui-ci. Veuillez noter que si vous optez pour le choix d’une membrane, vous serez obligé de rajouter du substrat avant d’installer vos plantes aquatiques pour que celle-ci puisse s’y accrocher.

  • Utiliser l’existant Vous remarquerez que nous avons placé des rochers, excavés lors du terrassement, sur la mare et aux abords de celle-ci. Hormis le fait qu’ils apportent une touche minérale sur l’eau, ils servent de refuge pour les oiseaux, les batraciens et de camouflage pour les drains qui proviennent des trois arrivées d’eau.

  • Quelles plantes aquatiques choisir? Demandez conseil auprès d’un pépiniériste spécialisé quant aux types de plantes aquatiques qui pourraient être plantées dans le substrat (si vous avez une bâche) ou sur les parois et le fond de votre pièce d’eau creusée dans votre sol. Dans le cas de notre mare, nous avons planté des Reines des Prés, Lysimaques et Salicaires, Menthes aquatique, Populages des marais, Myosotis des marais, Iris jaune, Massettes, Rubaniers, Plantains d’eau, Cornifles, Myriophylles, Potamots et Nénuphars.

Il y a d’autres types d’étanchéité possibles pour réaliser une mare naturelle, tels que la bentonite. Renseignez-vous bien car les mises en œuvre dépendent notamment de la composition de votre sol.


Pour découvrir d’autres photos de la mare et du site de la ferme de Desnié: www.desniepermaculture.com/videos-photos


Lien vers la société qui a réalisé la mare: www.villanatura.be


Émergence des premières plantes aquatiques en 2017

Vue de la mare en 2020

Jean-Cédric Jacmart


Dessinateur de formation, il a créé en 1988 un bureau de design en communication qu’il a codirigé pendant une dizaine d’année à Bruxelles. Ensuite, il s’est expatrié dans les Ardennes belges pour vivre son rêve d’immersion dans la nature. Après y avoir développé pendant huit ans un portefeuille de location de maisons de vacances pour un groupe Hollandais, il décide de le revendre pour pouvoir se consacrer au développement d’un lieu de démonstration en permaculture sur sa ferme située à Desnié près de la ville thermale de Spa. En 2014, il suit son premier PDC (Cours de Design en Permaculture) à la ferme du Bec Hellouin.

En 2015, il entame pendant deux années le chantier d’aménagement de la ferme, expérience qui lui rappelle les bons moments passé sur les nombreux chantiers de son papa entrepreneur. Cette même année, il débute son DPA (Diplôme de Permaculture Appliquée) au sein de l’organisation française UPP (Université Populaire de Permaculture) sous la supervision de Sacha Guégan, alors formateur à la ferme du Bec Hellouin. En 2016, il part en Jordanie pour suivre un PDC dans la cadre de l’opération « Greening the desert » avec Geoff Lawton.

En 2017, il crée avec Fabian Féraux le bureau de design PADIA.

En 2019 il décide d’accélérer le développement son projet en co-créant la coopérative Le Petit Monde de Desnié qui explore le développement de micro fermes résilientes écologiquement, humainement et économiquement.

Pour découvrir le blog de Jean-Cédric sur son PDC en Jordanie : https://www.desniepermaculture.com/single-post/2017/08/07/Verdir-le-désert-et-créer-de-la-vie

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